Contre le projet de centrale éolienne dans les Hautes Corbières

Le collectif citoyen pour des Corbières vivantes (CCCV) appelait à manifester le jeudi 20 décembre lors de la réunion du conseil de la communauté des communes de la région Lézignanaise, Corbières et Minervois, s’apprêtait à voter l’inscription, dans le dispositif régional, d’un projet d’implantation d’une centrale éolienne dans les Hautes Corbières. Voir l’article de l’Indépendant.

Un des membres du collectif nous transmets le compte-rendu de sa journée ! Savoureux et instructif !

Bonjour à tous,  voilà ma journée d’hier (jeudi 20 décembre à Lézignan-Corbières).  Tout d’abord rendes-vous à 14h30 avec Alexis Martinez de la chaine régionale Via-Occitanie (groupe tf1 je pense), ironie du sort, un convoi exceptionnel transportant plusieurs éléments d’une éolienne géante (base + rotor) destinée à être installée sur le massif de la Montagne noire, passe devant nous, le journaliste filme bien-sûr…  selon Régis Cogranne, vigneron et  représentant de l’Association de Protection de l’identité du Minervois et des Corbières (APROMI-CO), de nombreux projets sont en installation et bien plus sont à l’étude partout, dans quantités de villages et par des promoteurs venus de partout. Puis interview-caméra au pied d’une des éoliennes récemment installées à Conilhac-Corbières, en lieu et place de quelques-unes du parc d’origine qui est vieillissant et entièrement destiné à être remplacé par des machines récentes, ce qui pourrais bien arriver sur le Mont Tauch alors que mon plus grand souhait c’est qu’il soit rendu à la nature.

Puis interview, par le même journaliste, de Régis Cogranne qui est un militant de la première heure contre les éoliennes sur le territoire et est très au fait de la situation. Il s’agirait d’un reportage de 6 minutes sur l’éolien par cette chaine, vous avez peut-être remarqué le jeune journaliste avec sa caméra au début, il était présent lorsque nous nous sommes fait stopper par les municipaux, à 17h30 devant la grille de la salle Pelloutier, puis il était aussi à l’intérieur au début de séance.  J’arrive donc à 17h35, les grands municipaux et leur petit chef bloquait l’entrée devant la grille. J’ai tout de suite entamé une négociation et ai dénoncé ce grave manquement à la loi que celui de rejeter des citoyens intéressés par le contenu d’une réunion qui doit être publique, mais non, décision municipale.

Monsieur Michel  Maïque (président de la Communauté de communes Région Lézignanaise, Corbières et Minervois) est dans l’embarras face à la mobilisation massive : au moins 150 citoyens et habitants sont venus principalement des Corbières et du Lézignanais mais aussi des départements voisins, plusieurs collectifs, des associations, les gilets jaunes, des médias, pour connaître les débats et positions des élus, mais la porter reste close, une insulte aux règles démocratiques censés régir nos assemblées communales mais bon !

Les élus arrivaient progressivement et tentaient de se frayer un chemin dans la foule, des citoyens leurs tendaient la lettre rédigée par le collectif pour les élus et certains n’étaient franchement pas contents. Je me suis rendu à l’arrière de la salle, côté route nationale, pour voir si des élus pouvaient passer par derrière mais j’ai vite compris que les gardiens placés à cet endroit (des médiateurs contractuels de la mairie) étaient la pour empêcher d’éventuels manifestants de perturber la séance ; les fenêtres, dont les volets étaient abaissés donnent en effet directement sur la salle Pelloutier. On nous jette dehors ? Je sais maintenant qu’il est possible de se faire entendre depuis la rue et j’en informe plusieurs copains et gilets. Je retourne à l’entrée et demande avec plusieurs personnes qu’au moins l’on accepte des délégations citoyennes, Au bout de 10-15 minutes, Maïque arrive et accepte finalement une délégation de 3 pour les gilets jaunes et 3 pour le collectif citoyen des Corbières, d’autres associations étaient aussi invités à la réunion. Plusieurs catalans aux allures de « Maire » ont réussi à rentrer, j’ai l’agréable surprise de découvrir notre ami Jean Blin, du Collectif du Vent Tourne 66 et qui décide de rester à nos côtés durant la séance, le filou a réussi à se faufiler avec Hervé Baro.

Nous nous installons, et une interminable séance de 2h30 commence, 41 points à l’ordre du jour et les éoliennes sont le point 34, après les 10 premières minutes je décide de sortir pour informer les manifestants et gilets jaunes de ce qu’il se passe à l’intérieur, j’explique au mégaphone qu’il y a DE NOUVEAU VICE DE PROCÉDURE : Monsieur Maïque a accepté des délégations (6 personnes) mais n’a toujours pas voté de huit clos et donc, l’obstruction faite par les municipaux est illégale ; et donc en vertu de la loi, chacun a le droit de rentrer, aux citoyens de décider d’accepter cette violation grave de loi ou pas, puis je retourne à l’intérieur et 5 minutes plus tard le petit chef des municipaux rentre dans la salle et interrompt la séance, il demande si le huis clos à été voté, Maïque lui annonce évidemment que non, le petit chef répond que les gens veulent rentrer et que si le huis clos n’est pas voté, il est de son devoir de les laisser rentrer ! Je rigole intérieurement, Maïque interrompt le débat et est obligé de faire voter le huis clos, 9 élus s’y opposent, tous les autres votent le huit clos. J’ai finalement rendu un fier service à la présidence en leur évitant un grave vice de procédure attaquable en justice !!

Je décide donc de mobiliser mes contacts à l’extérieur par SMS pour qu’ils fassent entendre leurs mécontentements d’être laissé à la porte de l’autre côté, devant les fenêtres de la salle, du coté de la nationale. Et ça a très bien marché, l’effet à l’intérieur était chouette et cette joyeuse mobilisation politique à l’extérieur faisait contraste avec la monotonie des interminables monologues de l’intérieur. Heureusement que les chants, les bruits, les cris, les battements incessants ont gardé éveillée l’assistance qui devait du coup redoubler d’attention pour encore percevoir ce qui se disait au micro. C’était rigolo, je demandait toujours aux copains par SMS d’être plus fort et plus fort dans leurs chants et bruits et ça fonctionnait.

Puis j’apprends que les gendarmes empêchaient de taper sur les volets, j’ai alors transmis la consigne de taper sur tout ce qu’ils pouvaient surtout du métalliques et ce fut un magnifique concert de cliquetis qui s’enchaina.  Il y eu quelques pauses dans le bruit mais lorsque le moment fut enfin venu, aux alentours de 20h16, quand l’assemblée aborda enfin ce point 34 tant attendu, je donnais le top départ à ce qui fut une nouvelle vague de bruits venants de l’extérieur, ce fût absolument magique, des cliquetis, des cris, des alarmes, des sirènes, des rugissements ça donnait l’impression que dehors ils étaient une centaine faisant face à un escadron de CRS, juste géniale l’équipe. Dès lors, je me suis levé et j’ai tenu mon téléphone devant moi pour bien faire comprendre que j’enregistrais le discours pour tous ceux que l’on a laissé dans le froid ou que l’on a renvoyé chez eux.

Maïque expliqua dès le début qu’il n’y aurait pas de débat ce soir car le soutien au projet éolien dans les Hautes-Corbières et son débat avaient déjà eu lieu il y a deux ans …, ce que l’on appelle botter en touche, et que là il s’agissait juste de voter l’inscription du projet dans le dispositif régional. Il proposa, à notre grande surprise, la parole et le micro à Martine qui lui avait préalablement demandé à lire un texte et elle arriva tout de même à se faire entendre, malgré le joyeux tintamarre qui venait de dehors. Hervé Baro tenta tout de même d’entamer un débat en rappelant sa position contre le projet et affirmant que le photovoltaïque était un bon compromis, c’est vrai que c’est moins pire mais bon … il fit aussi un geste en direction des gilets jaunes et des collectifs en proposant des assemblées citoyennes sur le développement du territoire au regard de notre mobilisation et des mobilisations historiques de ce dernier mois ;  Maïque lui exprima une réponse laconique sur le rôle des élus et ne paraissait pas très emballé, la fierté de l’élu local, la fierté du grand président. Il veut passer au vote, je me permet de lui faire remarquer qu’il coupe le débat un peu court, Maïque réponds qu’ils vont voter à la demande de leurs collègues et puis c’est tout, que Hervé Baro s’est exprimé en tant que Maire de Termes et qu’il n’est rien de plus aujourd’hui à cette assemblée, « nous allons maintenant passer au vote », Jean Blin réagit tout de suite, « bon il n’y a pas de débat? Puisque le Maire de Termes a lancé un débat pourquoi n’y a t il pas de débat ? », je demande à mon tour que les maires promoteurs du projet, comme le Maire de Palairac, s’expriment, Maïque  demande à l’assemblée « vous voulez que je les fasse dégager ? », Jean qui est son ainé lui répond « i vous voulez » Maïque : « appelez les flics et dégagez moi ces deux pèlerins ».

Je m’assoie, (je rappelle ici que j’étais debout depuis le commencement du sujet sur les éoliennes) ; les municipaux rugbymen rentrent, je me relève, tout en gardant le silence, je m’avance vers le devant de l’assemblée pour photographier et pouvoir identifier les votants qui doivent se lever pour pouvoir être bien comptabilisés par la vice-présidente, ils paraissent surpris, voir dérangés par ma nonchalance mais l’on ne m’empêche pas. Les municipaux restent à l’arrière, Maïque leur fait un signe de pas bouger. Le vote est terminé, de mémoire 14 contre, 9 abstentions et 34 pour (sans comptabiliser les procurations des votants pour), les représentants des collectifs contre les éoliennes décident de sortir de la salle, je prends mes affaires et je récupère une belle pancarte avec l’affiche jaune qui avait été amené à l’intérieur ; le maire de Cascastel me rattrape dans le couloir et me demande qui va payer pour nettoyer tous les poteaux téléphoniques et les platanes sur lesquels se trouvent collés des affiches, vous savez qu’il ne faut pas me titiller sur ce sujet là, je m’énerve, j’en suis conscient mais je justifie ma véhémence par le fait que je venais juste de me faire accuser de dégradation de biens publics et que je souhaite donc répondre ; les municipaux étant réapparus entre temps, et je lui balance en gros qu’il est un inconscient, que ces affiches seront bien plus facile à enlever que ces éoliennes géantes et que c’était lui qui allait ruiner le paysage de sa commune et le peu de culture locale qui lui reste avec cet ignoble projet éolien.

Cette assemblée, c’est juste une mascarade, la même ritournelle et tout ça n’a que très peu de valeur démocratique, avec toujours la pleurnicherie budgétaire…, la lassitude, on n’y parle quasiment pas de politique, il n’y a pas de débat, pas de discussion, pas de vie, pas d’opposition, juste de l’ennui, une salle d’enregistrement « quivotecontre-quisabstient-jevousremercie », l’on se serait cru à l’école pendant un cours bien chiant, avec un maitre et des enfants sages et silencieux, sauf que là, ce sont principalement des seniors et juste les élus de notre chère République Française et comme très souvent, ces gens n’ont rien à dire, ils préfèrent magouiller derrière notre dos, c’est plus confortable.  Régis Cogranne propose d’organiser une rencontre avec son association, le collectif et Monsieur Hervé Baro en début d’année, ça pourrait être une bonne idée.

Joyeuses fêtes de fin d’année et l’année prochaine, on remet les couverts.

Kevin, le 21/12/2018 à 18:27.

 

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5 réponses à Contre le projet de centrale éolienne dans les Hautes Corbières

  1. LUCCHINI PATRICE dit :

    Merci de ce compte-rendu qui montre bien l’état de sénescence et de déliquescence de nos assemblées locales. Tous ces élus ne parlent que finances pour expliquer que les éoliennes vont nous sauver de la faillite. Jamais je n’en ai entendu un parler de la transition écologique, c’est juste une question d’argent et de budget, point à la ligne. C’est pareil chez nous: pas de débat sauf si on vient le provoquer bien sûr. On ne baisse pas les bras, on continue l’année prochaine ! Courage à tous

  2. Carole Joly dit :

    Merci pour le compte-rendu. Édifiant .
    Carole Joly (Plateau Survolté-Aveyron)

  3. Bonfils dit :

    Merci pour ce compte-rendu et votre action. J’habite moi-même sur la commune de Cascastel et ai déjà eu affaire sur ce sujet avec la grande ouverture d’esprit de son maire..

  4. Annie dit :

    Voici un commentaire emprunté à un internaute qui résume la réalité dans ce genre d’assemblée constituée de 90% d’incapables où la démocratie n’est qu’une façade.

     » Les élus sont, pour la grande majorité, complètement incompétents sur les questions énergétiques. Certains même croient que l’on peut stocker plus de 500 millions de Mégawatts-heure d’électricité produite annuellement en France dans des batteries d’accumulateurs !..
    Certains même déclarent : « Qu’est -ce qu’on fait sans éoliennes et sans électricité? On revient à la bougie ? »
    Ils ne savent pas que les 8000 éoliennes installées en France ont produit à peine 4,8% de toute notre électricité, au prix d’une pollution accrue par les centrales à gaz et à charbon auxquelles elles sont obligatoirement couplées, 365 jours/an et 24h/24 fonctionnant en continu, en régime transitoire.
    Ils ignorent encore que l’énergie éolienne dépendante de la météo est non pilotable et que les excédents qui surviennent hors des besoins sont évacués d’urgence et à perte sur le dos des consommateurs, selon les lois du marché Spot européen.
    Comme disait quelqu’un : « il ne sert à rien de les raisonner quand le pognon les fait baver sur le col de la chemise ».
    Bref des élus déconnectés des réalités physiques et énergétiques et qui tiennent des discours de gogos, la bouche enfarinée par les €uros.
    Ce qui est grave, c’est que ce sont ces gens-là qui prennent les décisions et non ceux qui savent !
    La légitimité des urnes ne donne pas la compétence pour traiter toutes les questions.
    Si encore les élus avaient l’intelligence ou l’humilité de reconnaître leur inaptitude.
    Pauvre France !
    Comme le disait quelqu’un : « Les élus n’entrent pas tous dans l’Histoire par la grande porte ».

    • WM81 dit :

      Vous avez tout-à-fait raison. Beaucoup d’élus ne sont pas à leur place, ou ont trop de difficultés pour sortir leur tête de l’eau ! Heureusement nous trouvons des relais, des soutiens qui nous sont très utiles.

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