Pour une transition vraiment écologique et solidaire

Bruno Ladsous (co-secrétaire de TNE-Occitanie Environnement) a publié cette opinion dans le journal Les Échos du 18 février.
Nous y retrouvons l’ensemble des arguments utiles pour renforcer nos luttes contre les centrales éoliennes et la logique qui les sous-tend.

Confusion des priorités pour le climat, financiarisation, splendide isolement, la transition que traduisent les choix inscrits dans le projet de PPE n’est hélas ni écologique ni solidaire.

Écologique, cette transition ?

Par un tour de passe-passe, la protection de l’environnement et de la biodiversité (grande cause nationale) inscrite dans le bloc de constitutionnalité (Charte de l’Environnement) est devenue écologie industrielle, dont cependant les objectifs techniques relèvent tout au plus du bloc de légalité.

Entre ces deux blocs de légitimité figurent nos engagements pour baisser nos émissions de CO2. Ainsi, la priorité de la transition écologique est de protéger ce qui constitue notre environnement – bien commun de la France – tout en veillant à diminuer le recours aux énergies fossiles, dans un contexte où 90 % de notre électricité est déjà décarbonée et où existe une véritable urgence à la rénovation énergétique des bâtiments.

Mais, parce que c’est le plus simple et le plus visible, nos gouvernants ne pensent qu’à développer des énergies renouvelables électriques qui pourtant sont secondes dans les priorités, qui dénaturent notre environnement et qui sont inefficaces.

C’est ainsi que l’on s’apprête à engager une électrification massive qui mobilisera toutes les ressources financières de la Nation, caractéristique renforcée par le caractère intermittent de ces énergies qui oblige à multiplier les capacitaires.

Solidaire, la transition ?

Qu’on se rassure, tout cet argent ne sera pas perdu, et il y aura des bénéficiaires : 300 familles enrichies par ce nouveau négoce, quelques grands groupes de l’énergie qui en ce moment rachètent les « petites boîtes », sans oublier la Chine qui produit l’essentiel des matériels.

Certains croiront avoir gagné : les collectivités locales bénéficiaires de la « manne », mais elles mesureront vite qu’elles perdent en attractivité, et les propriétaires des terrains qui un jour découvriront qu’il leur faudra payer le solde du démantèlement, ce que le bail emphytéotique bien ficelé ne disait pas clairement.

Et puis il y aura ceux qui auront perdu : les riverains auxquels on aura volé leur cadre de vie, les citoyens peu fortunés qui paieront tout cela au titre de la contribution climat énergie ou de la CSPE, ces mêmes citoyens en précarité auxquels on imposera un effacement dit volontaire, sans oublier la maison France dont l’environnement au sens large (paysages, patrimoine, biodiversité) se détériorera, par exemple à coups d’autorisations de destruction d’espèces protégées. Elle recevra moins de touristes.

Au fait, nos chers voisins, que font-ils pendant ce temps-là ?

Mais rien, chère Madame. Les grands ne font rien pour baisser leurs émissions de carbone. L’Allemagne a construit un méga-parc éolien à côté de ses centrales à charbon ou lignite et dans peu de temps, elle remplacera ces dernières par le gaz russe : realpolitik, elle n’est pas prête à décarboner. Belgique idem. L’Angleterre remplace peu à peu ses centrales à fuel et à charbon par des turbines à gaz. Nous, nous donnons des leçons à la terre, au mépris de notre environnement.

Quelles perspectives ?

Le gouvernement a verrouillé le débat sur la PPE, ne tenant compte d’aucune des recommandations qui ressortaient du débat qu’avait piloté la CNDP au printemps 2018, débat dont il faut saluer la liberté d’expression et la richesse de contenus et de propositions.

Le projet de PPE qui vient de sortir ne donne pas une image fidèle de ses coûts complets, il s’en faut de beaucoup : aurions-nous déjà oublié les recommandations fortes de la Cour des comptes (rapport 18 avril 2018) ?

Quant aux questions binaires posées dans le grand débat national, elles sont d’une pauvreté affligeante, sauf à traduire une vaste manipulation.

Monsieur le Premier Ministre, je vous en conjure : ne cherchez pas à passer en force, prenez le temps de retravailler une vision vraiment partagée des enjeux prioritaires de la transition, afin de la rendre plus profondément écologique et respectueuse de l’environnement, plus nettement solidaire aussi. Nous sommes prêts à vous aider, car c’est un peu de l’avenir de la France sinon de la planète qu’il s’agit : écoutez-nous, entendez nos propositions raisonnables et moins onéreuses pour la Nation.

Bruno Ladsous, militant associatif de la protection de l’environnement en Occitanie

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