Quand le préfet du Tarn visite le PNR Ht Languedoc

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Quand le préfet vient expliquer au Haut-Languedoc qu’il faut encore valoriser

Le préfet du Tarn est venu prendre le pouls du Haut-Languedoc. Au programme : paysages, transition énergétique, renouvellement des éoliennes, agrivoltaïsme, pastoralisme, forêt, biodiversité…
Bref, tout ce qu’un territoire rural peut encore espérer avant qu’on lui explique qu’il doit surtout devenir plus compétitif.

Et pour cette première visite officielle sur le terrain, Simon Bertoux était accompagné du sous-préfet de Castres.
Une visite parfaitement dans l’air du temps : dans un territoire particulièrement vulnérable au changement climatique, aux sécheresses, aux incendies et à la pression sur la ressource en eau, il était manifestement urgent de discuter de la manière dont on allait continuer à valoriser économiquement les paysages.

Parce qu’un territoire qui brûle, qui manque d’eau et dont les équilibres agricoles et écologiques sont fragilisés ne doit surtout pas donner l’impression de vouloir ralentir.

Transition, vous avez dit transition ?

Direction Barre pour parler énergies renouvelables. Éolien. Agrivoltaïsme. Paysages. Prairies naturelles. Pastoralisme. Tout y était. Le genre de réunion où l’on cherche très sérieusement à savoir comment faire tenir ensemble deux phrases : « Il faut préserver les paysages et les prairies naturelles. » et « Il faut développer les infrastructures énergétiques. »

Le Haut-Languedoc étant un Parc naturel régional, on pourrait naïvement penser que la première phrase constitue le cadre et la seconde doit s’y adapter. Mais il semble que le logiciel administratif fonctionne parfois dans l’autre sens : la transition d’abord, l’adaptation du territoire ensuite.

Un territoire vulnérable, mais pas question de changer de logiciel

Le problème, c’est que le Haut-Languedoc n’est pas un décor posé derrière une centrale photovoltaïque. C’est un territoire vivant. Des prairies. Des forêts. Des zones humides. Des troupeaux. Des paysages. Des espèces. Des sols. De l’eau. Et tout cela est précisément soumis à une pression climatique croissante. Sécheresses. Canicules. Incendies. Stress hydrique. Dépérissement forestier. Érosion de la biodiversité.

Alors oui, il faut produire de l’énergie renouvelable. Oui, il faut sortir des énergies fossiles. Oui, il faut adapter l’agriculture. Mais la question devrait peut-être être : comment produit-on de l’énergie sans transformer les territoires qui nous permettent précisément de résister au changement climatique ?
Parce qu’un territoire n’est pas « valorisé » lorsqu’on a réussi à mettre quelque chose sur chacune de ses parcelles. Il est valorisé lorsqu’il reste vivable, productif, habitable et désirable.

Et puis il y a un petit détail

Cette visite préfectorale intervient alors que le Parc travaille à la révision de sa Charte. Une Charte qui doit justement fixer les règles du jeu pour les quinze prochaines années. Et qui pose des questions assez fondamentales sur l’articulation entre énergies renouvelables, paysages, biodiversité, agriculture et ressource en eau.

Autrement dit, le moment est plutôt bien choisi. Il ne manque plus qu’une question : quel territoire voulons-nous à la fin de la transition ? Un territoire où l’on aura simplement réussi à produire davantage d’électricité ? Ou un territoire où l’on aura réussi à conserver suffisamment de prairies, de forêts, d’eau et de biodiversité pour que quelqu’un puisse encore y vivre dans trente ans ?

Et puis le préfet est allé à Caucalières.

Causse de Caucalières. Natura 2000. Un site exceptionnel pour sa richesse écologique. Un territoire où le pastoralisme, la biodiversité et les usages humains doivent précisément apprendre à cohabiter. Une belle manière de terminer une journée consacrée à la délicate question de l’équilibre entre développement et préservation.

Et c’est là que le réel vient parfois jouer les trouble-fête. Parce que ce secteur a encore récemment rappelé, de la manière la plus brutale qui soit, la vulnérabilité de nos territoires face au feu. Des hectares partis en fumée. Des paysages ravagés. Des populations évacuées. Une biodiversité qui, elle, ne se reconstruit pas avec un communiqué de presse.

Quand apprendrons-nous ?

Il ne s’agit pas de refuser toute éolienne. Ni tout panneau solaire. Ni toute activité économique. Il s’agit de comprendre que le changement climatique impose précisément de changer de logique. On ne peut pas simultanément constater que les territoires deviennent plus fragiles et continuer à considérer chaque espace naturel, chaque ressource en eau, chaque paysage comme une opportunité économique supplémentaire.

À un moment, il faut passer de : « Comment valoriser ce territoire ? » à « Comment le préserver pour qu’il puisse encore nous nourrir, nous protéger et nous accueillir demain ? ».

Et ce changement de logiciel est peut-être précisément celui qui manque encore. Parce que lorsqu’un système est incapable de changer de logiciel… il finit généralement par changer le gouvernant. À l’évidence, il serait peut-être temps de commencer par changer le logiciel. Si le système en est encore capable.

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