Nouveau camouflet au projet de photovoltaïque industriel d’AKUO sur le Causse-Comtal

L’autorité environnementale de l’Occitanie émet une sévère critique.

Communiqué du 14 octobre 2021, par le collectif de réflexion citoyenne sur le photovoltaïque du Causse-Comtal : touroulisducaussecomtal@protonmail.com. site CCAVES.ORG

Le 12 octobre la MRAE (Mission Régionale d’Autorité Environnementale) vient de rendre son avis suite à l’étude d’impact environnementale de l’industriel AKUO qui projette d’installer 74 hectares de panneaux photovoltaïque sur des terres agricoles et naturelles du Causse-Comtal.

Il est rare que la MRAE soit aussi sévère. En premier lieu un « défaut majeur » est pointé : « l’absence de démonstration de recherche de solution alternative » à l’implantation à cet endroit des trois communes de Salles-la-Source Muret le Château et Rodelle. En somme la MRAE explique qu’AKUO doit aller chercher ailleurs sur tout le territoire du Centre-Ouest Aveyron.

Mais là aussi la MRAE met en avant la difficulté qu’aura AKUO à trouver car le SCOT (schéma de cohérence territorial) « pose le principe d’interdiction de centrales photovoltaïques au sol au sein de ces zonages qui ont vocation à rester des espaces naturels ».

Rappelons qu’ AKUO refuse d’installer son projet sur la carrière de Puech Hiver (23 hectares sur la commune de Salles-la-Source). Baptiste Balique chargé de projet pour AKUO nous expliquant que leur modèle économique interne ne permettait de rendre ce projet intéressant : un bel exemple de ce qu’est la finance verte. D’ailleurs, afin de présenter un aspect de son métier il nous déclarait : « mon métier de développeur c’est de dépenser de l’argent ». Cette même personne nous a cyniquement expliqué que le choix d’AKUO de venir sur le Causse-Comtal était lié au faible attachement porté par ses habitants à leur territoire -ce qui devrait faire réagir les élu.es encore hésitant à délibérer contre ce projet. B. Balique n’a d’ailleurs pas hésité à nous mentir en expliquant qu’il n’y aurait pas de clôtures. Dans les faits 11 km de grillages de plus de 2 mètres et une vingtaine de caméras de vidéosurveillance sont prévues. C’est donc un causse industrialisé et quadrillé par des caméras que vend AKUO comme écologique.

Aussi, les Plans Locaux d’ Urbanisme des trois communes imposent que de tels projets démontrent leur compatibilité avec une activité agricole. En ce sens, la préfecture se basant sur la DDT et CDPENAF (commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers) vient de donner un avis défavorable à l’étude d’impact agricole, en expliquant qu’ AKUO ne démontre pas la compatibilité de son projet avec le maintien d’une activité agricole sous les panneaux. La préfecture parle même de « discordance sur les effets du projet sur l’agriculture du territoire (…) le projet aura un impact négatif sur la qualité et la capacité  de production des parcelles (et leur) dépréciation sera plus ou moins importante »1. Comme de nombreuses analyses le démontrent, l’agrivoltaïsme n’est pas crédible. Il s’agit d’une artificialisation des terres et une atteinte à la biodiversité2. L’agrivoltaïsme vise à remplacer une dépendance financière aux marchés agricoles et aux divers fournisseurs par une autre plus moderne et consensuelle car porteuse de l’image de l’énergie  renouvelable. Eric Scotto, PDG d’ AKUO, assume de rendre dépendant la conversion vers l’agriculture biologique à l’installation de panneaux photovoltaïque3. Nous affirmons au contraire que c’est à la puissance publique de favoriser financièrement la conversion vers l’agriculture biologique et non à des acteurs privés.

Sur la biodiversité, nos associations dénoncent depuis des mois la destruction d’habitats qu’amène AKUO. Par exemple ceux du Touroulis (œdicnème criard) oiseau migrateur de steppes, dont la plus forte population de la région se situe sur le Causse Comtal. Il niche à proximité du projet et son aire de chasse le recouvre. D’ailleurs « en 2018, la LPO Aveyron a constaté une chute de près de 40 % des effectifs en moins de 10 ans (…) L’artificialisation des sols nous concerne. ».4La MRAE remet ainsi en place AKUO, et donne raison aux associations en prônant « un évitement strict » de ce territoire : « 25 (espèces d’oiseaux sur 83) présentent un enjeu particulier en niveau régional dont la Pie-grièche à tête rousse, la Fauvette orphée, l’Oedicnème criard et le Torcol fourmilier (…) La MRAe considère que les mesures d’évitement et de réduction proposées ne sont pas assez protectrices pour les espèces (l’emprise du projet auraient dû conduire à un évitement strict, avec une zone tampon suffisante, pour s’écarter des secteurs où les espèces nichent) et qu’elles n’empêcheront pas la destruction d’habitats et de fonctionnalités écologiques, ce qui conduira une partie des individus à abandonner le site et à rechercher un site de substitution pour nicher, se reproduire et/ou chasser. La MRAe considère en conséquence que le niveau d’impact résiduel évalué par le porteur de projet minimise les incidences du projet pour l’avifaune. »

Ajoutons que la MRAE pointe que les dolmens sont présents sur le site, et qu’AKUO n’en tient nullement compte. Les communes de Rodelle et de Salles-la-Source sont parmi les plus riches en France en dolmens. Ce patrimoine millénaire est mis en péril par des financiers. Baptiste Balique, encore lui, devant notre stupeur de voir les panneaux être aussi proche des cazelles (cabanes de bergers, à cet endroit celles-ci recouvrent des dolmens) nous déclarait sans rire que les cellules photovoltaïques de 4 mètres de hauteur allaient mettre en valeur ces cabanes de pierres traditionnelles… deux conceptions du lien au territoire s’affrontent donc irrémédiablement.

Enfin fa MRAE recommande de « limiter les covisibilités immédiates depuis (…) les chemins de randonnées ». Nous rappelons qu’il sera difficile à AKUO de cacher son projet depuis le chemin de randonné que Jérôme Dallo, porteur de projet et élu à Rodelle, a privatisé. Nous demandons sa réouverture depuis des mois. Ce chemin est prévu pour être la principale entrée des engins de chantiers et longera les clôtures du projet. Nous avons signalé le rôle de cet élu à la préfecture et son possible conflit d’intérêt5. Jerôme Dallo n’hésitant pas à intervenir auprès des élu.es d’une autre commune en tant que porteur de projet et élu pour vanter son projet- qui rappelons-le, lui rapportera à minima 2 500 euros par hectare et par an, et 175 000 de subventions diverses d’AKUO pour les 3 éleveurs6. Que Monsieur Dallo soit conséquent et abandonne tel qu’il en pressentait la nécessité : « si notre projet ne recueille pas la majorité, tant pis, nous passerons à autre chose » (Centre presse 11 mars 2021). En effet, il est bien établi aujourd’hui que la majorité s’oppose à ce projet.

  • Ce sont 26 associations départementales et régionalesqui dénoncent les trois projets de photovoltaïques industriels (AKUO, JP Energie, Voltalia) qui s’ils devaient se construire, couvriraient près de 200 hectares de terres naturelles et agricoles sur le Causse Comtal7.
  • Une pétition a été signée en quelques jours par 21 000 personnes8.
  • Salles la Source, concernée par les trois industriels, vient de délibérer à l’unanimité contre ces projets9.
  • La Chambre d’agriculture, le 15 mars 2021 et en défense du foncier agricole, a voté une motion contre ce type de projet considérant que :  « le développement de projets photovoltaïques au sol vont condamner la vocation agricole de surfaces ».
  • La député Anne Blanc s’oppose fermement à AKUO et demande à Mme La Préfète d’agir en ce sens10.
  • Le Député Mazars dénonce aussi cette situation.
  • La Présidence de la Région Occitanie en séance plénière du 17 décembre 2020 a exprimé son désaccord avec les projets du Causse Comtal, et la Mission Inter-Services Aménagement et Paysage (MISAP) de l’Aveyron en octobre 2020 dépendant de la préfecture s’est elle aussi opposée à la volonté d’AKUO 11.

Il conviendrait dès lors que les Communautés des Communes Comtal-Lot et Truyère et Conques-Marcillac, ainsi que le Conseil Départemental, délibèrent, sans attendre l’enquête publique qui n’amènera rien de nouveau. Il conviendrait que Monsieur Couffignal, conseiller départemental, par ailleurs en charge de la commission à la Com Com de Conques-Marcillac s’occupant de ces projets, prenne en compte que la biodiversité disparaît rapidement, et accepte de nous recevoir auprès des membres de sa commission.

La décence exigerait aussi que Voltalia, détenu par la famille Mulliez, s’occupe d’installer des panneaux sur ses Kiabis, Décathlons et autres boutiques au lieu de faire miroiter aux agriculteurs locaux des sommes importantes afin de racheter leurs terres. Le Comte de La Panouse qui porte le projet Voltalia serait bien inspiré de se concentrer sur son jardin des plantes médicinales plutôt que de louer ses terres à d’autres financiers.

Les communes de Rodelle et de Muret-le-Château sont concernées par AKUO. Monsieur Lalle, maire de Rodelle, et fervent défenseur de l’industriel AKUO, serait lui aussi bien inspiré de regarder du côté des élu.es de Salles-la-Source. Mais peut être fut-il trop occupé par l’organisation d’une « démarche participative et expérimentale (…) pour réfléchir collectivement à nos paysages de demain et aux enjeux de la transition énergétique ». Étonnamment l’on remarque que ce « Plan paysage du PETR du Haut-Rouergue » fut piloté par un organisme, l’ École nationale des paysages de Versailles, qui dispose d’une chaire financée par Boralex, multinationale des énergies vertes. Un des aboutissement de cette farce furent des gribouillis de panneaux photovoltaïques surplombant une cazelle12: une perspective pourtant dénoncée de plus en plus unanimement comme nous venons le démontrer ! En 2014, les 6 mairies du Causse Comtal avaient délibéré à l’unanimité contre les éoliennes. Nous souhaitons que les élu.es retrouvent cette dynamique.

Qu’ AKUO et son PDG Eric Scotto aient la décence de s’en aller !

1 https://ccaves.org/blog/wp-content/uploads/avis-defavorable-pref-cdpenaf-akuo-8-juillet-2021png.jpg

2 Voir la partie sur l’agrivoltaïsme https://ccaves.org/blog/wp-content/uploads/Propostion-de-motion-contre-les-projet-industriels-de-photovoltaique-1.pdf

3 Voir notre lettre à la MAIF, assureur militant et partenaire financier d’AKUO https://ccaves.org/blog/wp-content/uploads/lettre-a-la-maif-30-janvier-2021.pdf
Et cet article https://www.lesechos.fr/pme-regions/occitanie/la-maif-lance-un-fonds-dans-la-transition-energetique-et-agricole-1028703

4 https://www.ladepeche.fr/2021/03/14/en-aveyron-une-biodiversite-a-preserver-9426502.php#:~:text=En%202018%2C%20la%20LPO%20Aveyron,Leur%20population%20%C3%A9volue%20doucement%22.

5 https://ccaves.org/blog/wp-content/uploads/reponse-a-Dallo-rodelle-1-2.pdf

6 Voir page 50 de l’étude d’impact agricole https://ccaves.org/blog/wp-content/uploads/EPA_AKUO_Goudalie_26032021-V2.pdf

7 https://ccaves.org/blog/associations-de-soutiens-contre-le-photovoltaique-du-causse-comtal/

8 https://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/200-hectares-panneaux-photovoltaiques-terres-agricoles/139528

9 https://www.centrepresseaveyron.fr/2021/07/17/projets-de-parcs-photovoltaiques-sur-le-causse-comtal-salles-la-source-se-prononce-contre-9677750.php
https://ccaves.org/blog/wp-content/uploads/Communique-salles-la-source-delibere-juillet-2021.pdf

10 https://ccaves.org/blog/wp-content/uploads/21157-V.Michel-Moreaux-projet-photovoltaique-Causse-Comtal.pdf

11 https://ccaves.org/blog/wp-content/uploads/second-tract-photovolotaique-causse-comtal-version-2302021-1.pdf

12 https://ccaves.org/blog/wp-content/uploads/Synthese_Atelier_20mai-1.pdf

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