L’invasion de l’Ukraine : des conséquences tragiques

L’agression brutale de l’Ukraine par l’armée russe bouleverse les équilibres dans le monde. Les répercussions sur la vie économique en Europe seront profondes et durables. Deux secteurs vont connaître des tensions majeures : l’agriculture et l’énergie. Le poids  de l’Ukraine dans la production de blé, de maïs et de colza va entraîner un effet boule de neige sur l’agriculture et l’agroalimentaire français.

Aujourd’hui à travers quelques articles récents voici un panorama des questions et des débats soulevés par cette catastrophe.

Une première victime : l’agroalimentaire

L’un des effets collatéraux des bombes russes larguées en Ukraine est l’explosion du cours des matières premières agricoles. Jeudi 24 février, quelques heures après le début de cette guerre aux portes de l’Europe, les prix des céréales ont atteint des niveaux record en séance sur Euronext, avec un pic totalement inédit pour le blé à 344 euros la tonne (+ 33 %). Sans atteindre de tels niveaux, le maïs a vu son cours flamber, grimpant jusqu’à 304 euros la tonne (280 euros à l’ouverture). Le colza, lui, a flirté avec les 778 euros la tonne, à mi-séance jeudi, dans le sillage de l’ensemble des huiles végétales. L’Ukraine fournit en effet 1 graine de tournesol sur 3 dans le monde. Guerre en Ukraine : la Russie met la main sur le «grenier à blé» de l’Europe (Reporterre) 

En maîtrisant les matières premières, gaz naturel et engrais azotés, mais aussi les produits alimentaires, la Russie se trouve en position d’arbitrage de notre autonomie alimentaire. L’Union européenne a abandonné durant les années 1990 son objectif d’autosuffisance alimentaire au profit de mesures privilégiant le pouvoir d’achat du consommateur et la défense de l’environnement. Cette politique a pour effet d’augmenter les importations de produits agricoles à bas prix et qui ne respectent pas les normes européennes. La récente invasion de l’Ukraine par les troupes russes vient de mettre à mal ce fragile équilibre pour une durée qu’il serait présomptueux d’évaluer. Les dispositions de coercition envisagées contre la Russie et leurs conséquences vont donc bouleverser le quotidien du monde de manière difficilement estimable, mais dont on peut présager la réalité de beaucoup d’entre elles.
La guerre en Ukraine : un futur inquiétant pour l’agriculture (Contrepoints)

Mais pour nous les enjeux essentiels concernent les évolutions des politiques énergétiques. 

Pétrole, gaz, électricité… les prix des énergies en Europe explosent depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les marchés paniquent. Et l’Europe commence à mesurer l’ampleur du piège russe dans lequel elle s’est laissé enfermer. Le choc économique qui s’annonce pourrait être de la même ampleur que celui de 1973. Ce choc énergétique qui vient (Mediapart)

Les prochaines années verront ainsi se tenir des débats grandissants sur l’avenir du nucléaire, à mesure que les réacteurs existants vieilliront. Comme tout système énergétique, le nucléaire n’est pas épargné d’enjeux géopolitiques. Parallèlement aux questions économiques et environnementales, ces éléments devront informer les décisions. Industrie nucléaire : le grand jeu géopolitique (The Conversation) 

Derrière la très grande dépendance de l’Union européenne au gaz russe, se cache également celle de plusieurs métaux indispensables à la transition écologique comme le nickel, le palladium ou encore l’aluminium. Un enjeu stratégique qui pourrait freiner le développement des batteries électriques, des pales d’éoliennes ou des panneaux solaires. Une situation qui rappelle l’urgence pour le continent de diversifier ses sources d’approvisionnement alors que la demande ne cesse d’augmenter. Métaux stratégiques : La guerre en Ukraine pourrait freiner la transition écologique de l’Union européenne (Novethic)

Des réponses à géométrie variable

L’Agence internationale de l’énergie a présenté dix mesures urgentes afin de réduire cette année et d’au moins un tiers les 155 milliards de m3 de gaz russe importés par l’Europe en 2021. Il est très vraisemblable, que compte tenu de l’invasion de l’Ukraine et des sanctions européennes, les livraisons russes vont fortement diminuer. Bon nombre de ces mesures sont assez contraignantes et demanderont donc des efforts des Etats comme des populations Le plan de l’Agence internationale de l’énergie pour que l’Europe puisse se passer du gaz russe (Transition & Énergies).

En Allemagne, où la dépendance au gaz russe atteint plus de 50%, le nouveau gouvernement a annoncé, dimanche, des mesures spectaculaires pour se sevrer. Le pays pourrait ainsi passer de 50 à 100% d’électricité renouvelable d’ici à 2035, a annoncé le ministre écologiste de l’économie et du climat, Robert Habeck. À l’heure actuelle, le gaz représente encore 15% du mix électrique ; le charbon, presque 30%. Pour se défaire du gaz russe, l’Allemagne s’engage à marche forcée dans les énergies renouvelables (Vert éco)

Des conséquences graves sur l’environnement

La guerre en Ukraine est partie pour durer, avec ses lots de drames, de morts et de destructions. Parmi les victimes, l’environnement pourrait se retrouver en première ligne, tant les bombardements russes et les affrontements ont déjà causé de graves pollutions et des dégradations non négligeables. Avec ses eaux contaminées, ses incendies et ses fuites radioactives, l’Ukraine risque de devenir un cas emblématique de ce que les historiens appellent le « Thanatocène » : « cette ère de la guerre » marquée par la folie et l’écocide. Ukraine : « La dévastation de l’environnement est une bombe à retardement » (Reporterre)

Et des “victimes collatérales”….

L’attaque aurait été menée depuis la Russie, mettant hors service les modems terrestres qui assurent la liaison entre les usagers et les satellites. Des centaines de milliers de clients ukrainiens ont été privés d’internet. En France, une dizaine de milliers d’abonnés internet via Nordnet – qui dépend de ce même réseau satellitaire – sont touchés. En Allemagne, les principales victimes sont… des éoliennes 6000 éoliennes allemandes touchées par une cyberattaque russe (Le Figaro)

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4 réponses à L’invasion de l’Ukraine : des conséquences tragiques

  1. Emmanuel dit :

    Ne pas oublier que lors de toute crise (climatique, sanitaire, sécuritaire, etc.) les profits des grosses fortunes internationales prospèrent. Les augmentations faramineuses des prix (agroalimentaire, énergie…) comportent une part mal identifiée de spéculation, ce qu’on dénomme métaphoriquement “effet du marché” et qui est l’impitoyable loi du profit. La guerre en Ukraine n’échappera pas à la règle. Et pendant que quelques oligarques spéculent sur le succès ou l’échec du tyran de Moscou, leurs traders font le boulot …

  2. Patrice LUCCHINI dit :

    Bravo pour cette revue de presse quasi exhaustive sur les conséquences multiples de l’agression russe contre l’Ukraine. Une information au plus près de la réalité est plus que jamais une nécessité dans la période qui s’ouvre. En effet, les pays de l’Union européenne ne se sont pas mis entre les mains de la Russie (et de la Chine) pour de bonne raisons, mais bien pour assurer le développement d’un modèle de capitalisme financier qui se moque du droit des peuples pour autant que cela rapporte. Aux oligarches russes comme aux milliardaires européens et étatsuniens ou aux princes rouges chinois. Un modèle cynique géré par des hypocrites et des Tartuffe qui s’attendrissent sur les malheurs des peuples quand il est trop tard et commercent même en temps de guerre avec ceux dont ils dénoncent par ailleurs les turpitudes (voir l’Allemagne et l’Europe qui continue à importer du gaz et du pétrole russe tout en promettant de livrer des armes au Ukrainiens). Le pouvoir d’achat, une “préoccupation” qui n’est que le faux nez d’un système basé sur la consommation de masse et la marchandisation de tout et le maintien de prix (donc de salaires) les plus bas et l’exploitation d’une main d’oeuvre ou de matières premières à moindre coût. Ce système se retourne aujourd’hui contre ceux qui l’ont mis en place. Qui sait ce qui sortira de cette guerre atroce.

  3. Françoise Marchand dit :

    L’Allemagne souhaite passer au 100% d’énergies renouvelables d’ici 2035 !
    Or, les énergies renouvelables (éolien et solaire) sont intermittentes. Si plus de gaz pour compenser il restera aux Allemands le charbon (génial !!!!!) ou bien acheter de l’électricité à ses voisins. Ils ne sont pas prêts d’être indépendants les Allemands !
    Au delà de cette crise de l’énergie, des conséquences dramatiques pour les Ukrainiens, et de tout ce qu’une guerre implique, je suis complètement sidérée (au sens littéral du terme) par le fait que l’équilibre d’un monde repose sur les épaules et les décisions psychotiques d’un individu. Comment un seul homme peut-il mettre en péril l’équilibre d’un monde ? On a déjà vu ça avec Hitler, j’espère que la folie de Poutine n’ira pas jusque là. Comment arrêter cette folie ?
    Merci pour cet article remarquable qui pose bien tous les enjeux de cette situation.

    • Mulliez dit :

      “il restera aux Allemands le charbon (génial !!!!!)”. Effectivement ! : par le procédé éprouvé ( par l’Allemagne elle-même pendant la deuxième guerre mondiale puis par l’Afrique du sud en réponse au blocus pétrolier du à l’Apartheid), mis au point par les chimistes Fischer et Tropsch, mais avec CSC ou mieux, piégeage du CO2 pour donner des produits de valeur.A noter qu’il vaut mieux, à la place de bruler le méthane , l’utiliser pour fabriquer de l’hydrogène “bleu”, autre vecteur d’énergie que l’électricité.Ceci peut se faire à échelle locale, décentralisée.

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