À LIRE : “Mohican” de Éric Fottorino

Éoliennes : l’engrenage de la modernité qui nourrit le désespoir des paysans

Brun Danthôme, vieux paysan des piémonts du Jura va mourir d’une leucémie. Toute sa vie il a accompagné le progrès, tracteurs du plan Marshall, pesticides de l’industrie chimique, à la poursuite du meilleur rendement … Aujourd’hui, veuf et malade, il veut laisser à son fils, Mo,  « nourri d’écologie autant que d’agronomie » une exploitation viable et financièrement saine.

Il va se faire piéger par un promoteur éolien qui contre une rente de 50 000€ va obtenir l’autorisation de planter des éoliennes sur les terres de Brun.

Éric Fottorino – ancien directeur du Monde – nous propose sur fond d’histoire de l’agriculture depuis trois générations, l’impact que l’implantation des éoliennes industrielles peut avoir sur une terre, un territoire, une famille…

Dans un interview, Éric Fottorino précisera son intention : “Je voulais faire comprendre comment la modernité était parfois un miroir aux alouettes. Le père a deux logiques en acceptant leur installation, il se dit : “j’ai pollué toute ma vie, par cet acte là je vais me racheter”, en pensant à l’énergie décarbonée.

Et puis il voit la logique économique, ces 50 000 euros de revenu ça le tenaille. Il y voit une sorte d’assurance vie, le moyen de sécuriser son exploitation. Mais il va vite déchanter. Le fils, lui, considère de façon épidermique que c’est une nouvelle illusion de la modernité, qui va les faire disparaître. Il a entendu ce promoteur caricatural et les faits vont lui confirmer ses réticences.”

La manoeuvre du promoteur est bien rodée, devant la promesse d’un pactole, “l’effet anesthésiant de l’argent inonde la cervelle de Brun et lui ôte en un instant toute lucidité”…

Et la suite est sans appel : “Ce que la nature a mis une éternité à organiser dans un réseau de roche perméable, les promoteurs de l’éolien l’ont écrasé sous des amas de ciment, de ferraille et d’acier”, “d’un sentier étroit, ils feront une percée régulière de 6 mètres. La largeur atteindra même huit mètres dans les rares virages qu’ils devront conserver. L’élagage de surface sera maximal. Tant pis pour les massifs de fougères, pour les ajoncs, pour les frênes et les ronciers géants.”

Mo, le fils, et Isidore, le frère, vont réagir – assister à une réunion d’une association antiéoliennes – et prendre leur responsabilité… ce sera la fin du roman. Devant le tribunal, il expliquera sa colère… “Nos gestes, nos travaux, nos espérances et notre simple présence sur ces terres ingrates composent une vérité du monde qu’aucune machine, même propulsée par le vent, ne pourra effacer”

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