Pourquoi il faut interdire la compensation

Cet article est inspiré d’un document publié par l’Atelier d’Écologie Politique (ATÉCOPOL). L’Atelier d’écologie politique (Atécopol) participe, depuis son lancement à l’automne 2018 à Toulouse, à la construction d’une communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant ou réfléchissant aux multiples aspects liés aux bouleversements écologiques.

Nous souhaitons par le présent projet participer à la construction, à Toulouse et en région Occitanie, d’une communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant sur tous les aspects liés aux bouleversements écologiques, pour tisser des liens entre ces connaissances dispersées et réfléchir à la façon de les partager avec l’ensemble de la société ; afin de travailler avec elle aux moyens de changer en profondeur les modes de fonctionnement socio-économiques actuels.

Présentation des hypothèses de travail d’ATÉCOPOL sur leur site

La compensation est le troisième volet de la doctrine « éviter-réduire-compenser » (ERC) adoptée par la plupart des pays occidentaux et conçue comme une séquence ordonnée dans le sens des priorités décroissantes pout tout projet d’aménagement ou d’installation ayant un impact sur l’environnement : il faut d’abord éviter les projets non indispensables, sinon réduire leurs impacts et enfin compenser les impacts résiduels.

Le principe de compensation repose sur le postulat qu’une dégradation infligée à la biosphère à un instant donné et en un lieu donné peut être contrebalancée par une action compensatrice, qu’elle soit locale et simultanée ou délocalisée dans le temps et l’espace. La compensation permettrait ainsi d’annuler l’impact écologique d’un point de vue global.

ATÉCOPOL

Typiquement, on construit l’ouvrage mais en parallèle on met en place des moyens pour préserver une espèce qui serait affectée par le projet ou pour régénérer un écosystème ailleurs. Séduisant en théorie, ce principe de compensation – qui est aujourd’hui très répandu et privilégié par les entreprises – ne prend pas en compte la complexité du vivant, le temps que la nature a pris pour développer toute la richesse de sa biodiversité. Par exemple, replanter des arbres, même si quantitativement le compte y est, ne compensera pas la perte d’une forêt ancienne.

Ce processus de compensation aboutit à une forme de marchandisation de la biodiversité : il laisse penser qu’il serait possible de créer des équivalences économiques entre certaines dégradations de la biosphère et certains projets écologiques de façon vertueuse ; l’évaluation de ces équivalences étant laissée à la libre appréciation. des entreprises, des projets d’aménagement, ou des banques de compensation

Comme le détaille longuement le texte d’ATÉCOPOL, les conséquences néfastes sont multiples et déjà bien documentées.

  • La compensation est d’abord un droit à dégrader pour les entreprises et les collectivités qui la mettent en œuvre.
  • Certains avancent que c’est un moyen de régulation du capitalisme basé sur le principe du pollueur-payeur, alors que la compensation est un outil de greenwashing mis à la disposition du capitalisme pour le libérer des contraintes écologiques : on repeint en vert les projets les plus nocifs.
  • La compensation, qui prend souvent la forme d’une restauration d’un milieu dégradé, peut être mise en œuvre ailleurs en particulier dans les pays du Sud, terrain idéal pour la compensation à grande échelle et peu importe si les territoires considérés sont effectivement dégradés ou non ou si les populations doivent en pâtir. Ces projets de compensation renforcent encore l’injustice climatique, puisque ceux qui souffrent le plus des dérèglements climatiques et sont les moins émetteurs de GES doivent maintenant subir les projets de compensation des pays émetteurs. 

Beaucoup de solutions alternatives sont possibles, passant par la planification et la régulation par l’Etat ou par des organisations plus démocratiques et horizontales impliquant tous les citoyens. Nous ne devons pas gérer la « Nature » comme un ensemble d’objets extérieurs que l’on peut comptabiliser (les « externalités »), mais de mettre en place une gestion des communs qui ferait une place à tous les agents qui la composent (nous y compris) et toutes les relations d’interdépendances qui en font la trame.

Enfin, renoncer à l’idée même de compensation implique de prendre conscience de notre appartenance à ce tissu et de notre responsabilité dans ses dégradations. Assumer pleinement cette responsabilité est aujourd’hui indispensable pour ne plus se laisser illusionner par de fausses solutions et préserver l’habitabilité de notre planète.

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1 réponse à Pourquoi il faut interdire la compensation

  1. Attia jean-jacques dit :

    Bonjour,
    dénoncer la fiction des compensations, voilà qui est intéressant dans un contexte où les projets les plus dégradants pour la nature sont présentés comme vertueux au nom de cette fiction.
    C’est comme dans une partie de Monopoly : les promoteurs vendent, achètent, s’échangent des zones dans lesquelles le vivant est censé bien vouloir se reconstruire, alors qu’il n’a pas, ou plus, mis les pattes ou les radicelles dans ces zones depuis des lustres. D’un projet éolien à un autre, par exemple, il arrive même de retrouver une zone de compensation commune…
    La nature se construit sur un temps très long, alors que les promoteurs et les financiers savent la détruire en un temps record.
    Les travaux de ATÉCOPOL pourront peut-être abonder les mémoires en défense de la Nature que nous déposons devant nos concitoyens et la justice.

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